Le sexisme en littérature (1/2)

23 octobre 2018

Bonjour les amis, j’espère que vous allez bien. Dîtes, avez-vous allumé votre télévision récemment? Avec le retour du procès de Georges Tron (secrétaire d’Etat accusé de viol), de Tariq Ramadan (islamologue lui aussi accusé de viol) et cet éternel débat sur le mouvement MeToo, je ne peux m’empêcher de lire les commentaires de certains et de m’indigner devant les réflexions sexistes de certains internautes.
Cependant, je n’ignore pas que le sexisme est présent depuis bien trop longtemps et que, même dans le monde des livres, il est omniprésent. Par exemple, saviez-vous que sur les quelques 663 prix littéraires attribués depuis le XXème siècle, seules 108 femmes en ont bénéficié? Ou que sur tous les manuscrits envoyés en maison d’édition en une année, moins de 35% sont rédigés par des femmes?
C’est la même chose dans l’écriture. Si certains auteurs cultivent une éloge du sexisme, d’autres n’hésitent pas à le dénoncer. Venez avec moi, nous allons faire un tour d’horizon des ouvrages qui abordent le sujet.

 

Manifestes misogynes dans la littérature

Les Jeunes Filles, Henri de Montherlant (1936-1939)

Ce cycle en quatre volumes a fait scandale à sa sortie est à double lecture. Henri de Montherlant y met en scène Pierre Costals, un écrivain pour qui les romans se vendent comme des petits pains et qui reçoit de nombreuses lettres d’admirateurs. Le sujet se concentre sur la relation que Pierre Costals entretient avec ses admiratrices, qu’il rencontre ou non. On brosse alors un portrait de divers femmes au caractère très différent les unes des autres.
Cependant, à travers l’analyse des rapports homme-femme, Henri de Montherlant donne une philosophie très spéciale de la chose: pour lui, l’homme qui se met en relation avec une femme devient un être soumis. La seule solution est de cultiver l’égoïsme et la misogynie afin de rester libre et d’atteindre le bonheur que tous les hommes recherchent. Les femmes du roman deviennent alors des personnages faibles et geignards, ennuyeux et sournois.
Bien que le cycle des Jeunes Filles doive être lu et considéré avec extrêmement de nuances et de discrétion (ce que je dis dans le paragraphe précédent ne tient pas lieu de vérité absolue et un autre regard aurait peut-être une autre analyse), il ne faut pas oublier que l’oeuvre avait fait scandale à sa sortie et considérée comme misogyne dès les premières lectures. Misogynie qui, bien évidemment, allait de paire avec le comportement de l’auteur, paraît-il…

Elles Se Rendent Pas Compte, Boris Vian (1950)

Alors là, on touche au sexisme et à l’homophobie. Mais, attention, ce livre est également à prendre avec des pincettes puisqu’il a plus une vocation humoristique que sérieuse. Dans Elles se rendent pas compte, l’américain Francis Deacon assiste à un bal masqué organisé par Gaya, son amie d’enfance. Alors que la fête bat son plein, Gaya lui annonce qu’elle compte se marier avec Richard, dealer, homosexuel et membre d’un gang qui sévit dans la région. Quelques minutes plus tard, Gaya disparaît dans sa chambre pour s’injecter sa dose de drogue. Étonné par la tournure des événements, Francis mène l’enquête: pourquoi son amie épouse-t-elle un tel homme et comment a-t-elle bien pu tomber dans la drogue? Ce qu’il y trouvera ne sera pas très beau…
Je vous disais, donc, que le sexisme était très présent dans le livre. De nombreux personnages masculins pensent que les femmes ne savent rien faire et sont incapables de réparer quoi que ce soit de mécanique. Quant aux relations homosexuelles féminines, le personnage principal pense que les femmes « ne se rendent pas compte de ce qu’elles manquent » et se donne pour mission de toutes les redresser. Mais alors, manifeste contre le sexisme ou humour misogyne de premier degré…?

Manifestes anti-sexistes dans nos bibliothèques

La Femme de Trente Ans, Honoré de Balzac (1842)

Changeons un peu de registre. Dans ce roman issu de la collection « Scènes de la vie privée », Honoré de Balzac se dresse en grand défenseur des femmes, soutenant que les lois du mariage n’étaient pas à leur avantage. Voyez plutôt: Julie de Chastillon, une jeune fille toute en délicatesse, tombe amoureuse de l’officier Victor d’Aiglemont (qui est également son cousin). La relation est sympathique mais Victor est du genre vulgaire et affublé d’une éducation aussi médiocre que sa façon de penser. Bien que le père de Julie s’oppose à l’union, les deux amoureux se marient et emménagent ensemble. Si les débuts se passent comme faire se peut, le mariage finit rapidement par battre de l’aile. Car Victor est un égoïste qui se moque bien des besoins de sa femme. De tempérament brutal, il fait de la vie de Julie un enfer: violences psychologiques, sexualité brutale, maladies, adultère, tout y passe et le conte de fée imaginé par la jeune mariée ne tarde pas à disparaître. Mais le mariage va bientôt connaître d’autres aventures…
Le problème, c’est que Julie ne peut pas se débarrasser de son union. Alors que personne n’ignore le caractère de Victor, personne ne pense à l’aider, obligeant la jeune femme à se débrouiller toute seule. En cela, Honoré de Balzac excelle dans l’écriture d’un personnage féminin fort et surtout à l’esprit supérieur à celui de son mari. Je ne vous en dis pas plus, le reste est une pépite à dévorer en serrant les dents…

Une Chambre à Soi, Virginia Woolf (1929)

Enfin un livre écrit par une femme et, en plus, c’est un manifeste! Il n’y a pas grand chose à résumer de cet ouvrage puisqu’il vaut mieux le lire soi-même pour en tirer toutes les subtilités. Mais cet essai est un résumé des différentes conférences données par Virginia Woolf à l’université de Cambridge en 1928 et lors desquelles l’écrivaine insistait sur la remise en question de la place des femmes dans la littérature (de quoi nous intéresser, donc!). Selon elle, le sexisme traînant dans la société serait une entrave à l’éducation des femmes, à leur réussite au sein du monde littéraire et au succès qu’elles méritent. A commencer par l’attribution de l’argent aux femmes et à l’acquisition d’un bien dans lequel loger, en somme, une chambre à soi.
A travers ce plaidoyer, Virginia Woolf insiste sur l’impact de la culture sociale sur les femmes qui devraient s’occuper de la famille et du ménage sans avoir une seule seconde pour leur épanouissement intellectuel. Selon elle, les femmes sont autorisées aux choses les plus futiles (mode, beauté…) et, croyez-moi, en lisant, il y a de quoi s’énerver!

 

Alors, avez-vous le courage de vous arracher les cheveux et de vous indigner devant ces lectures? Cela vous concerne que vous soyez femme ou homme, nous avons besoin de tout le monde! En tous cas, on peut se rendre compte que le combat contre le sexisme ne date pas d’hier…
Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à laisser vos commentaires, à poser vos questions et vos suggestions, je serais ravie d’en tenir compte et, pourquoi pas, d’en faire un article ? Quant à moi, je vous souhaite un bon visionnage (oui la vidéo d’aujourd’hui est un peu coup de poing…) et retourne concocter les prochains articles dans ma bibliothèque. A très bientôt !

Cette vidéo a été faite par Madame Rap, je ne possède aucun droit.

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